Extrait du
livre Les clés du Cambodge, Raoul M. Jennar.
1990
Jusqu'en
1990, les forces armées khmères rouges demeurent un
adversaire redoutable.
3 janvier:
M. Costello, vice-ministre australien des affaires
étrangères, en visite à Bangkok, présente le plan australien
au GCKD. 7-8 janvier: rencontres Costello-Hun Sen. Violente
attaque des Khmers rouges sur Battambang. 11 janvier: à Paris, Mitterand déclare que « aucun
compromis n'est acceptable avec les Khmers rouges». A Phnom
Penh, Hun Sen ordonne le recrutement de soldats
supplémentaires «à tout prix». 15-17 janvier: réunion, à Paris, des cinq membres
permanents du Conseil de Sécurité (PS) qui débattent du plan
australien. Un document en seize points énonce des principes
et s'efforce d'esquisser le contenu de futures négociations
basées sur un râle particulier de l'ONU dans le réglement de
paix.
Vidéos du Cambodge aujourd'hui
17 janvier: à Pékin, Sihanouk annonce qu'il ne
participera « plus jamais» à une réunion inter-cambodgienne.
Le lendemain, il déclare que le CNS est une idée de Hun Sen
et des Vietnamiens, qu'il ne le présidera pas et qu'il n'en
sera pas membre. 21 janvier: 30000 personnes vivant dans des camps
contrôlés par les Khmers rouges sont conduites de force à
l'intérieur du pays. 24 janvier: Sihanouk, se plaignant de l'hostilité
générale dont il est victime, démissionne «irrévocablement»
de la présidence du GCKD. 26 janvier: Khieu Kanarith, membre de l'Assemblée
nationale de l'EdC et journaliste réputé pour son
indépendance d'esprit tente, en vain, d'obtenir la
suppression des articles 3 et 4 de la Constitution relatifs
au rôle dirigeant du PRPK. 3 février: Sihanouk annonce qu'il a obtenu des Khmers
rouges que le GCKD devienne le GNC, Gouvernement National du
Cambodge, que lui même porte désormais le titre de «Président
du Cambodge», que le drapeau et l'hymne du GNC soient ceux
du Cambodge avant 1970, que le futur régime politique du
Cambodge soit celui d'une démocratie présidentielle du type
de la Ve République Française. Depuis 1975 jusqu'à cette
date, à l'ONU et dans toutes les agences du système onusien,
les symbôles représentant le Cambodge étaient ceux du
Cambodge de Pol Pot.
La
population qui a tant souffert ne souhaite que la paix.
6 février: mutinerie, à Koh Kong,
de 250 soldats de l'EdC. 9 février: une force d'intervention rapide
vietnamienne, créée à la suite d'un appel à l'aide de Hun
Sen et basée au Vietnam, opère ponctuellement au Cambodge.
Elle est engagée dans la défense de Battambang où les
combats n'ont pas cessé depuis le début janvier. 12 février: décision de créer une task force de l'ONU
pour préparer une éventuelle opération au Cambodge. 13-14 février: réunion à New York du PS: un accord
est intervenu sur 4 points: les modalités de vérification du
départ des troupes vietnamiennes, la nécessité d'établir un
cessez-le-feu, la nécessité de mettre fin à toute assistance
militaire aux factions combattantes, le regroupement et le
cantonnement des différentes armées. 18 février: lors d'une rencontre CEE-ASEAN à Kuchin (Malaisie),
les pays de la Communauté Européenne font savoir qu'ils ne
soutiendront plus le GNC pour l'octroi du siège du Cambodge
à l'ONU. 21 février: 6e rencontre Sihanouk-Hun Sen à Bangkok.
Concernant la période intérimaire, un communiqué conjoint
fait état d'un accord pour une présence de l'ONU «à un
niveau approprié» et la création d'une « instance nationale
suprême », comme symbole de la souveraineté nationale et de
l'unité du pays. 23 février: Sihanouk annonce qu'il s'installe
définitivement au Cambodge dans une zone contrôlée par l'ANS
(village de Phum Sereipheap). Les troupes gouvernementales
reprennent Svay Chek. 26-28 février: réunion à Djakarta d'un International
Meeting on Cambodia (IMC) placé sous l'égide de la
conférence de Paris auquel participe le GNC, I'EdC, les six
pays de l'ASEAN, le Laos, le Vietnam, l'Australie, la France
et le Secrétariat général de l'ONU. A l'ordre du jour, la
proposition australienne fortement élaborée depuis sa
première formulation et rassemblée dans un document de 150
pages intitulé « Red Book ». Les parties cambodgiennes
restent sur leurs positions. 1er mars: le Vietnam reconnaît qu'il aide l'EdC « de
la maniére la plus appropriée». 6 mars: le premier ministre thaïlandais Chatichai
Choonhavan propose la création d'un camp neutre pour les
réfugiés cambodgiens afin de les libérer de toute contrainte
politique. 12-13 mars: réunion à Paris des PS. Accord sur un
processus électoral. 30 mars: deuxième mission technique de l'ONU pour
étudier les aspects administratifs d'une éventuelle
opération de l'ONU. 8-25 avril: les combats sont très violents pendant
toute cette période. 10 avril: un décret de l'EdC légalise les cultes
chrétiens dont les célébrations restent néanmoins
surveillées. 11 avril: visite du sénateur US Robert Kerrey à Phnom
Penh. Entretien avec Hun Sen.
Moine
bouddiste khmer.
12 avril: des bombardements par
l'armée de l'EdC obligent Sihanouk à quitter Phum Sereipheap.
26 avril: sur la chaîne de télévision américaine ABC,
le journaliste Peter Jennings après avoir enquêté en
Thaïlande et dans les zones contrôlées par les factions non
communistes du GNC affirme que les Etats-Unis contribuent au
retour des Khmers rouges au pouvoir en soutenant ces
factions. Cette accusation rejoint celle déjà formulée par
William Colby, ancien directeur de la CIA, et par le député
Atkins. 20-25 avril: visite d'une délégation du Parlement
européen conduite par l'ancien ministre français des
relations extérieures, Claude Cheysson. 3 mai: le département d'Etat US annonce que la Chine
a fourni de grandes quantités d'armes aux Khmers rouges. 7 mai: Sihanouk annonce qu'il se met en congé de la
présidence du GNC. 17 mai: violents incidents entre étudiants Khmers et
Vietnamiens dans les Universités de Hanoi et d'Ho Chi Minh
Ville. Ces incidents durent deux semaines. 580 étudiants
rentrent à Phnom Penh. Les seules explications de ces
incidents résident dans la traditionnelle antipathie entre
les deux peuples. 24 mai: le président Bush annonce une révision
complète de la politique des Etats-Unis à propos du Cambodge.
A Site 2, en Thaïlande, scission du FNLPK. Le général Sak
Sutsakhan crée le Parti Libéral Démocratique. 21 mai: fin du printemps de Phnom Penh. Les staliniens du régime ont mis Hun Sen en minorité au bureau
politique du PRPK. Six personnalités, accusées de vouloir
former un nouveau parti, sont arrêtées. D'autres sont mises
à la retraite. D'autres sont mutées. Toutes sont proches de
Hun Sen et connues pour leur libéralisme. L'homme fort est
désormais Chea Sim, le président de l'Assemblée nationale.
Dans les jours qui suivent d'autres arrestations
interviennent et on assiste à une véritable purge de
l'appareil dirigeant de l'EdC. 25 mai: réunion PS à New York. Rafeeudin Ahmed,
adjoint du Secrétaire général de l'ONU, précise les
conditions minimales d'une participation de l'ONU: contrôle
du cessez-le-feu par l'ONU, arrêt de toute aide militaire
étrangère aux différentes factions, élections libres et
régulières sous les auspices de l'ONU, un système politique
qui res-pecte les droits de l'homme et les libertés
fondamentales, garanties internationales de l'indépendance,
l'intégrité territoritale, la neutralité et l'unité du
Cambodge. 29 mai: Sihanouk reprend la présidence du GNC. 4-5 Juin: à Tokyo, 7e rencontre Sihanouk-Hun Sen.
L'accord de Bangkok du 21 février est confirmé. La
composition du CNS sera paritaire (6 représentants du GNC, 6
représentants de l'EdC). Parmi les représentants du GNC, il
y aura 2 Khmers rouges. Pour la première fois, il est
sérieusement question d'un cessez-le-feu. Contrairement au
FNLPK, les Khmers rouges refusent de s'associer au
communiqué conjoint. 8 juin: le Washington Post, citant un rapport au
Forum International des ONG au Cambodge, annonce la fin des
aides octroyées à l'EdC par les pays du bloc soviétique. 19 juin: opération conjointe ANS-Khmers rouges autour
de Kompong Thom. Combats également dans les provinces de
Kompong Chhnang, de Kampot et de Kompong Speu d'où fuient
20000 personnes qui constituent désormais une nouvelle
catégorie de réfugiés: les personnes déplacées de
l'intérieur du pays. Fin août, il y en aura 150 000 dans
tout le pays. 1er juillet: les Khmers rouges attaquent un train sur
la ligne Kompong Som (Sihanoukville)-Phnom Penh : 26 tués,
52 blessés, 10 disparus. Les actions des Khmers rouges
ensanglantent tout le pays. La peur de leur retour devient
générale dans le pays, mais aussi dans de nombreuses
capitales occidentales. 5 juillet: le gouvernement de Singapour décide de
retirer le passeport à tout ressortissant qui investirait au
Cambodge. 15 juillet: les Khmers rouges attaquent un train de
la ligne Battambang-Phnom Penh dans le district de Tuk Phos
(province de Kompong Chhnang): 53 tués, une centaine de
blessés dont un grand nombre mourront à l'hôpital. C'est la
plus sanglante opération menée contre des civils par les
Khmers rouges depuis 1979. 16 juillet: John Gunther Dean, l'ambassadeur des
Etats-Unis qui avait quitté Phnom Penh, le drapeau US sous
le bras, le 12 avril 1975, revient au Cambodge en mission
pour l'Asian Institute of Technology (Bangkok). 16-17 juillet: à Paris, réunion du PS. Progrès sur le
concept de « Conseil National Suprême » et sur les questions
militaires. 18 juillet: à Paris, déclaration de James Baker,
secrétaire d'Etat US. Les Etats-Unis décident de ne plus
soutenir le GNC pour le siège du Cambodge à l'ONU, d'élargir
l'assistance humanitaire au Cambodge et d'entamer un
dialogue avec Hanoi à propos du Cambodge.
Le
lac Tonlé Sap, une mer d'eau douce en plein coeur du
Cambodge, fournit chaque année une variété extraordinaire de
poissons.
20 juillet: important « hearing »
au Sénat US. On y apprend que l'aide de la Chine aux Khmers
rouges s'élève à 100 millions de US $ par an tandis que
celle des Etats-Unis aux factions non communistes du GNC se
monte à 24 millions. Plusieurs sénateurs demandent la fin de
cette assistance qui profite aux Khmers rouges. La force de
ces derniers est évaluée à 30-40 000 hommes. Le sénateur
John Kerry déclare que, malgré la déclaration Baker, les
Khmers rouges demeurent les premiers bénéficiaires de la
politique américaine. 24 juillet: les ministres des affaires étrangères de
l'ASEAN appellent à une réunion des quatre factions
cambodgiennes pour établir un Conseil national suprême. Ils
déplorent la position adoptée par les Etats-Unis le 18
juillet. La Chine également. 27 juillet: 30 cadres Khmers rouges parmi une
centaine qui avaient demandé la liberté de mouvement, le
droit d'avoir des contacts avec des étrangers, le droit de
pra-tiquer le boudddhisme sont exécutés dans la zone 1003
placée sous le commandement de Ta Mok. 5 août: James Baker annonce des pourparlers US-EdC à
Vientiane. 22 août: les trois dirigeants du GNC se déclarent
prêts à une réunion avec I'EdC pour constituer un Conseil
National Suprême (CNS), « unique institution légitime et
source de l'autorité au Cambodge pendant la période
transitoire». 27-28 août: réunion PS à New York. Accord sur un «
document-cadre de règlement politique global». Le GNC
apporte son soutien au plan tandis que l'EdC questionne
l'impartialité de l'ONU et la réalité d'un désarmement des
Khmers rouges. 29 août: à Genève, prétextant de l'accord intervenu
la veille, le sous-comité des experts de la commission des
droits de l'homme de l'ONU refuse d'examiner un projet de
résolution qui fait référence « aux atrocités atteignant le
niveau du génocide commises en particulier pendant le
gouvernement des Khmers rouges ». Septembre: avec des fonds de l'USAID, une route
stratégique est construite entre localité thaïlandaise de
Taphrya et le QG du FNLPK à Thmar Puok. 3-4 septembre: sommet secret sino-vietnamien à Cheng
Du, province de Sichuan (Chine): début de la normalisation
des relations entre les deux pays. 9-10 septembre: à Djakarta, MC Il. Examen du
document-cadre des P5. Accord de principe de toutes les
parties, certaines questions étant cependant réservées.
Création du CNS. Le GNC a six représentants et l'EdC
également. Deux des plus hauts responsables historiques du
mouvement Khmer rouge y siègent et retrouvent ainsi une
légitimité internationale. Les parties cambodgiennes
acceptent l'appel à une auto-limitation des activités
militaires. Poignée de main Hun Sen-Khieu Samphan. Sihanouk
absent, ne figure pas dans la liste des représentants du
FUNCINPEC au CNS. 18-20 septembre: réunion du CNS dans les locaux de
l'ancienne ambassade du Cambodge à Bangkok. La désignation
de Sihanouk comme président et 13e membre du CNS provoque un
blocage, la parité entre les deux gouvernements étant
rompue. 27 septembre: pour la première fois depuis 1979, le
CICR est autorisé à visiter, en application de ses règles
propres, les prisons de l'EdC. Il peut aussi mener des
activités hospitalières permanentes dans les provinces où
ont lieu des combats (Banteay Meanchey et Battambang). 1er octobre: ouverture de l'Alliance Française, à
Phnom Penh en présence du vice-ministre français des
affaires étrangères, M. Thierry de Beauce. 8 000 personnes
s'inscrivent en quelques semaines pour suivre des cours de
français. 7 octobre: le gouvernement britannique admet
tacitement que des officiers du SAS ont, depuis 1985,
entrainé, en Malaisie et sur la frontière thaïlandaise, des
soldats du GCKD comme l'en accusaient le journaliste John
Pilger et les députés travaillistes Chris Mullin et Ann Clwyd. 12 octobre: le siège du Cambodge à l'ONU est de facto
vacant. Mais la délégation du Kampuchea Démocratique-GNC
reste en place. Une résolution qui soutient les efforts en
cours est adoptée à l'unanimité par l'Assemblée générale. Il
n'y a plus de disposition provoquant l'embargo.
Jeunes
collégiennes khmères de Svaytong, Kampuchea Krom.
2e
semaine d'octobre: les Khmers rouges attaquent un train
venant de Kompong Som: 50 tués. 23 octobre: le Congrès US décide de supprimer les
fonds destinés aux opérations de la CIA au sein du KWG. 25 octobre: l'hypothèse d'une «solution rouge»,
c'est-à-dire d'un accord entre les deux branches du
communisme cambodgien appuyé par Pékin et Hanoi est discutée
dans certains cercles staliniens du PRPK. Cette hypothèse
est combattue par Hun Sen. 2 novembre: dans le cadre d'une opération conjointe
avec les Khmers rouges, les troupes sihanoukistes détruisent
l'hôpital de Samrong. 9-10 novembre: à Diakarta, discussions à huis-clos
entre des hauts fonctionnaires et des experts des PS et de 7
autres pays membres de la conférence de Paris en vue
d'élaborer un projet complet de règlement global. 13 novembre: pour la première fois depuis 1970,
Sihanouk rencontre un officiel soviétique pour discuter des
négociations de paix. 20 novembre: la Chine fournit des pièces d'artillerie
aux Khmers rouges. 24-25-26 novembre: réunion des PS à Paris. Ils
approuvent un ensemble de textes qui constituent un projet
d'accord politique global. 30 novembre: 4 000 personnes assistent à un
rassemblement bouddhiste au temple du Bayon. 21-23 décembre: réunion, à Paris, des 12 membres du
CNS avec les deux coprésidents de la conférence de Paris et
le représentant de l'ONU, Raffeudin Ahmed. Le coprésident
français souligne que «la communauté internationale ne peut
se pencher indéfiniment sur le sort du Cambodge si les
Cambodgiens n'ont pas la volonté politique d'aboutir». Les
trois factions du GNC expriment leur soutien au plan des P5
à 100 %. L'EdC formule des réserves. Une « note explicative
informelle » est fournie par Raffeudin Ahmed. Si un accord
général intervient, des «questions restantes» doivent faire
l'objet de négociations plus approfondies. Pris d'un
malaise, Hun Sen doit être hospitalisé pendant la réunion.