Les plaies du Cambodge
L'Express du 06/11/1997
Massacrés pour être nés trop près du Vietnam
par Jean-Louis Margolin
Après
avoir éliminé les dirigeants de la zone est, voisine
du Vietnam, désormais hostile, le Centre polpotiste
condamna à mort ces «Vietnamiens dans des corps
khmers» qu'auraient été les habitants de l'Est. De mai
à décembre 1978, entre 100 000 et 250 000 personnes
(sur 1,7 million d'habitants) sont massacrées - en
commençant par les jeunes et les militants - dont, par
exemple, la totalité des 120 familles (700 personnes)
du village de Sao Phim; dans un autre village, on
compte 7 rescapés pour 15 familles, dont 12 ont
totalement disparu. A partir de juillet, les
survivants sont déportés en camion, en train, en
bateau vers d'autres zones, où ils sont destinés à
être progressivement exterminés (des milliers furent
déjà assassinés au cours du transport): ainsi, on les
affuble de vêtements bleus (commandés en Chine, par
cargos spéciaux), alors que l' «uniforme» sous Pol Pot
doit être noir.

On
découvre peu après la libération du Cambodge en 1979,
nombre de fosses communes remplies d'ossements de
Cambodgiens, révélant ainsi les horreurs inimaginables
du régime de Polpot, connu depuis étant l'un des plus
grands génocides du XXe siècle.
Et
progressivement, sans faire trop de bruit,
généralement hors de la vue des autres villageois, les
«bleus» disparaissent; dans des coopératives du
Nord-Ouest, une centaine seulement, sur 3 000, sont
encore vivants lors de l'arrivée de l'armée
vietnamienne, en janvier 1979, qui arrêta les
massacres. Ces atrocités marquent un triple tournant,
à la veille de l'effondrement du régime: les femmes,
enfants, vieillards sont massacrés tout autant que les
hommes adultes; les «anciens» sont tués comme les
«nouveaux»; enfin, débordés par leur tâche, les Khmers
rouges imposent parfois à la population de les aider.
La «révolution» devenait vraiment folle et menaçait
maintenant d'engloutir jusqu'au dernier Cambodgien.