Par les conseils que j’avais reçus par des expatriés qui
vivent depuis longtemps au Cambodge, on m’a fortement
recommandé d’en profiter pour sortir de Phnom Penh. Cette
fête attire facilement 2,5 millions de Cambodgiens qui
affluent des provinces vers la ville. Puisque des courses
sont organisées le long du Riverside (le bord de la rivière),
plus de 3,5 millions de Cambodgiens s’entassent pour faire le
party, boire et s’amuser. C’est comme la Saint-Jean, mais un
peu plus chaotique! Et vous pouvez lire entre les lignes que
le taux de criminalité monte en flèche car les
gens des provinces n’ont pas toujours l’argent nécessaire pour
leur transport… Bref, c’était un temps idéal pour aller
visiter la ville de Kampot.
Je suis donc partie jeudi soir vers cette
jolie ville où était organisé une fin de semaine par un groupe
auquel je me suis joint récemment, les Hash House Harriers.
Le HHH organise à chaque semaine des courses à l’extérieur de
la ville de Phnom Penh. Ce week-end était donc un événement
spécial où plusieurs courses étaient organisées, ainsi que
quelques party. La ville de Kampot est réputée pour sa
charmante architecture coloniale française. Plusieurs
monuments sont malheureusement délabrés, dû au manque
d’entretien des bâtiments. Cependant, le regain du tourisme
dans la région a pour effet d’inverser cette tendance.
Le vendredi matin, une course de bateau
était organisée au resort Les Manguiers. Ce dernier
est composé de plusieurs petits bungalows, soient des maisons
sur pilotis, pouvant accommodés une famille (ou 4 personnes).
Le décor est très charmant, non seulement est-il possible de
vivre dans des maisons traditionnelles, mais la vue donne sur
le Prek Kampong Bay, un beau courant d’eau. En après-midi,
une course était organisée d’environ 8 kilomètres. Nous avons
couru à travers des champs de riz qui étaient magnifiques,
d’une couleur vert pâle, et sur le chemin du retour, la course
passait à côté du Prek Kampong Bay, avec le coucher du soleil,
et la montagne. C’était magique! En soirée, nous avons mangé
un festin de fruits de mer, organisé par les propriétaires des
Manguiers.
Le samedi matin, nous
nous sommes attaqués à gravir la montagne du Bokor (en
voiture! J).
À 1080 m d’altitude, l’ancienne station française de Bokor
est renommée pour son climat frais et ses vues sur la
jungle. La construction de la route jusqu’au Bokor débuta
en 1917, sous l’initiative des autorités françaises, et un
somptueux hôtel colonial, le Bokor Palace, fut inauguré en
1925. Ce site touristique, qui fut longtemps rayé de la
carte en raison de la présence des Khmer rouges et, plus
récemment des braconniers, regorge d’un passé historique
assez intéressant.
En effet, la station
climatique fut abandonnée à deux reprises : à la fin des
années 1940, lorsque des troupes vietnamiennes et de
Khmers l’envahirent lors de la lutte pour l’indépendance;
puis au début des années 1970, quand le régime de Lon Nol
la laissa aux mains des Khmers rouges qui ne cessaient de
gagner du terrain. Depuis, la station est restée
inhabitée en dehors de la présence intermittente, durant
la majeure partie des années 1980 et 1990, des soldats
vietnamiens ou de la guérilla khmère rouge. Sa position
en altitude et sa vue imprenable sur la région lui ont
conféré une importance stratégique durant les longues
années de conflit. Ainsi, lors de leur entrée au Cambodge
en 1979, les Vietnamiens durent batailler pendant
plusieurs mois pour remporter la place.
Aujourd’hui, le parc national
de Bokor est rouvert au public depuis quelques années. Le
site abrite un grand nombre d’oiseaux et de mammifères
dont des éléphants et des tigres. Toutefois, la plupart
des animaux sont nocturnes et peuplent les parties les
plus reculées du parc donc on n’a pas pu les apercevoir.
Également, les bâtiments sur la cime de la montagne
donnent à l’endroit une ressemblance de ville fantômes.
J’ai plutôt accroché sur le côté triste de ces ruines,
maintenant devenus des vestiges de guerre, qui témoignent
de l’époque glorieuse qu’il y a eu jadis; l’histoire
cambodgienne a malheureusement laissé ces lieux dans un
état de décrépitude et d’abandon.
Une course fut organisée, ce
qui nous a permis de voir des vues magnifiques de la
montagne. Notre course a terminé dans le vieux Bokor
Palace, où l’on a découvert des cuisines, des suites et
une salle de bal, qui témoignent de la grande richesse
qu’a eue ce lieu jadis. Pour souper, nous avons mangé au
2e étage du casino (en ruine!) C’était une
journée froide et brumeuse, l’endroit était sinistre et
les Khmers avaient peur des fantômes. (Les Khmers, à
cause de leurs croyances bouddhistes, croient dur comme
fer aux fantômes et ils en ont peur! Alors, toute la
soirée, on a blagué sur le fait que le casino était
sûrement hanté.) Également, nous avons dansé sur des
chansons khmères que les gardes forestiers faisaient
jouer, nous avons mangé des plats traditionnels pour le
Festival de l’Eau et nous avons chanté jusqu’aux petites
heures du matin. C’était une belle soirée! Le lendemain,
nous sommes redescendus de la montagne et sommes
retournés à Phnom Penh. Ce trajet fut d’une durée non
négligeable de 7 heures (qui s’est accompagné
malencontreusement d’un mal de dos!) À Phnom Penh, nous
sommes arrivés au moment où les gens commençaient
tranquillement à partir de la ville; et le trafic,
quoiqu’intense, ne nous a pas trop affecté.
Visite de S-21 et Killing
Fields
« L’être humain peut être
conditionné à commettre les pires atrocités sous un régime
de peur. »
<< Vidéo : La prison de tortures de Toul Sleng S-21
La visite de la prison Tuol
Sleng, connu aussi sous S-21, est nécessaire pour
comprendre les atrocités du régime Khmer Rouge (KR).
Selon les documents découverts par le Centre de
Documentation, S-21 fut établi à Tuol Sleng en mai 1976.
S-21 était l’organe le plus secret du régime KR. Security
Office 21 (S-21) a été la première institution de
sécurité, spécialement désigné pour conduire les
interrogations et les exterminations des éléments anti-angkar
(angkar = organisme ou organisation révolutionnaire khmer
rouge).
Jadis, cet établissement était une école secondaire. Ils
ont donc converti l’ensemble des classes en cellules pour
les détenus. Le chef de la prison S-21 était Kang Kek Ieu
alias Comrade Duch. Celui-ci est présentement traduit en
justice devant la Chambre extraordinaire aux seins des
Tribunaux Cambodgiens (ECCC).
Le nombre de travailleurs au
complexe S-21 ont totalisé environ 1,720 personnes. À
l’intérieur de chaque sous-unité, il y avait plusieurs
jeunes filles et garçons âgés de 10 à 15 ans. Ces jeunes
enfants étaient entraînés et sélectionnés par le régime KR
pour travailler en tant que gardiens à S-21. La majorité
était tout à fait normal au départ, mais ils ont développé
une haine et une méchanceté inégalées avec le temps. Ils
étaient exceptionnellement cruels et irrespectueux envers
les prisonniers et les personnes âgées.
Les prisonniers venaient de
partout à travers le pays et de différentes classes
sociales. Il y avait plusieurs nationalités présentes
incluant des Vietnamiens, Laotiens, Thai, Indiens,
Pakistanais, Britanniques, Américains, Canadiens,
Néo-Zélandais et Australiens, mais la majorité était
Cambodgiens. Les prisonniers civils étaient composés de
travailleurs, fermiers, ingénieurs, techniciens,
intellectuels, professeurs universitaires, enseignants,
élèves, ministres et diplomates. De plus, la famille
entière des prisonniers, du nouveau-né aux grands-parents,
était amenée à la prison en masse pour être
exterminée.[1]
Avant d’être placés dans les
cellules, les prisonniers étaient photographiés, et une
bibliographie détaillée débutant de leur enfance jusqu’à
leur date d’emprisonnement était rédigé. Tous leurs
avoirs leur étaient perquisitionnés. Les prisonniers
dormaient directement sur le sol, sans matelas, sans draps
et sans moustiquaires contre les moustiques. Plusieurs
règles étaient écrites dans chacune des cellules auxquels
les prisonniers devaient se soumettre sous peine d’être
sévèrement punis par des châtiments corporels. Pour faire
quoique ce soit, tel qu’altérer leurs positions pendant
qu’ils dormaient, les prisonniers devaient d’abord demandé
la permission. Les murs de plusieurs salles du musée sont
entièrement recouvertes de clichés en noir et blanc
d’hommes, de femmes et d’enfants, presque tous exécutés
par la suite.
<< Vidéo :
Témoignages d''ex-prisonnier et d'ex-tortionnaires de la
prison de Toul Sleng (S-21)
Ils semblent que de 1975 à
1978, plus de 17, 000 prisonniers ont séjourné à S-21
avant d’être massacrés au camp d’extermination de Choeung
Ek (aussi connu sous le nom de Killing Fields).
Les enfants, victimes du régime, sont estimés au nombre de
2,000. Au début des années 1977, quand l’Angkar entama la
purge des cadres de la zone Est, le S-21 revendiquait une
moyenne de 100 victimes par jour. Seulement 7 prisonniers
survécurent à la prison de S-21; ils devaient leur survie
à leur talent de peintre ou de photographe. La prison
S-21 commémore les horreurs perpétrées lors du régime KR
et est devenu un mémorial pour les nombreuses victimes de
cette période. Quoique la visite de ce lieu est
éprouvante, il est un mal nécessaire pour comprendre ne
serait-ce qu’un peu le passé cambodgien.
Situé à 15 km à l’extérieur de
la ville de Phnom Penh, les Charniers de Choeung Ek, ou
les Killing Fields, ont été le camp d’extermination pour
environ 17,000 hommes, femmes, enfants et bébés, jugés
anti-révolutionnaires. Ils y furent souvent matraqués à
mort afin de ne pas gaspiller de précieuses munitions. Le
site est composé de fosses communes dont certains furent
exhumés. Plus de 3000 crânes sont disposés derrière les
vitres du stûpa du Souvenir, érigé en 1988, avec des
fragments d’ossements humains et des lambeaux de
vêtements. La sérénité de l’endroit suscite la réflexion
et un sentiment de compassion envers ces milliers de
victimes innocentes.
Pensées suite à ces visites
Durant le régime KR, la
population cambodgienne fut divisée en deux camps : les
Khmers Rouges et leurs fidèles supporters VS les Autres
(i.e. les gens jugés « mauvais » à la révolution; toute
l’élite cambodgienne; et les éléments anti-angkoriens; le
peuple qui fut obligé de migrer vers les campagnes.)
<< Vidéo : Histoire récente du Cambodge
Les Cambodgiens ont donc pris
les armes pour défendre une cause idéologique, la
révolution communiste. Or, ces mêmes armes sensées amener
la libération, ont servi à torturer et à tuer leurs
propres concitoyens, sans distinction d’âge ou de genre.
C’est ce qui est le plus outrageant et incompréhensible!
Comment notre propre peuple peut-il devenir notre ennemi?
Une propagande intense a su manipuler les esprits des
Khmers Rouge, de façon à déshumaniser les ennemis de la
révolution. Mais ces ennemis, étaient-ils réellement des
ennemis? Ces ennemis pouvaient être une personne aussi
anodine qu’un villageois enrôlé dans une manufacture et
qui devient prisonnier pour avoir cassé quelques aiguilles
durant un mois de travail, etc.[2]
De plus, l’usage de la torture dans les centres de
détention, était totalement inhumain. Les techniques de
torture étaient entre autre employé afin que les
prisonniers puissent dénoncer d’autres ennemis de la
révolution. Or, les geôliers n’étaient satisfaits
qu’après qu’une bonne vingtaine, trentaine, voire une
cinquantaine de noms étaient dénoncés par le supplicier.
Un seul nom n’était pas suffisant, deux non plus, etc…
Bref, l’usage de la torture assurait que le prisonnier
délate tous ceux et celles qu’ils connaissent et pour que
la douleur arrête, il disait n’importe quoi. Après
quelques ongles arrachés, la liste devait faire au moins
une trentaine de noms… et si ce n’est pas suffisant, la
séance de torture continue.
<< Vidéo : Un chef du village ex-Khmer rouge
Il est difficile de blâmer
ceux qui se trouvèrent à joindre les Khmers Rouge pour ne
pas mourir, qui obéirent à des autres, qui ont torturé,
transporté des corps, non par choix, mais parce qu’un
signe de faiblesse, ou une désobéissance aux ordres,
auraient engendré leurs morts immédiates. Une fois enrôlé
dans ce régime de violence; les gens obéissaient ou
crevaient. Le concept de choix était inexistant. De
plus, le manque d’éducation de jeunes Cambodgiens des
provinces reculées et la mise en place d’un régime de
propagande et de peur ont su rendre cette jeunesse
innocente en de véritable geôliers-mercenaires. Mais ces
jeunes, ont torturé, ont tué, ont transporté les corps des
prisonniers battus à mort. Toutes ces atrocités, ils les
virent, ils les commirent, et aujourd’hui, ceux qui ont
survécu, doivent apprendre à vivre avec leurs fautes.
Ceux qui vivent encore savent qu’ils ont commis des gestes
inhumains et sauvages, et ils en éprouvent de graves
traumatismes psychologiques, encore aujourd’hui.
Geôliers ou prisonniers,
chacun porte une responsabilité insoutenable des
événements qui ont eu lieu. Le prisonnier craint avoir
dénoncé des amis qui ont peut-être péris à cause de leur
plaidoyer de culpabilité. Ce lourd fardeau semble aussi
lourd à porter que celui des gardiens. Les geôliers ont
décimé des familles complètes, hommes, femmes et enfants.
Personne ne se sent exempt de responsabilité envers les
événements qui se sont produits.
<< Vidéo du Procès des Khmers rouges
C’est pourquoi aujourd’hui, le
peuple cambodgien, ne cherche pas nécessairement à
assouvir un besoin de justice, il cherche à oublier,
question de ne pas rouvrir les plaies de leurs âmes
meurtris en se commémorant les événements du passé.
Chacun a perdu des êtres chers. C’est pourquoi un
l’auteur du livre Cambodia Now dit que si le
tribunal Khmer Rouge échoue, cela risque de causer un
grave traumatisme auprès de la population.
L’héritage des années de Pol
Pot a gravement traumatisé la population cambodgienne.
Certains crimes rapportés dans les journaux font preuve
d’un masochisme et d’une cruauté incompréhensibles. Cette
population a dû se reconstruire après le régime KR;
certains furent plus accablés que d’autres. Certains
facteurs tels que la pauvreté et le manque de ressources
du peuple cambodgien ne font qu’aggraver les plaies de la
conscience collective. Voilà une partie du Cambodge, que
le touriste moyen ne voit pas. Toutefois, quelques
expatriés de longues dates m’ont parlé d’anecdotes qui
laissent entrevoir ces signes de l’héritage du régime KR.
Pour conclure sur une note
plus positive…
<< Vidéo : Le Cambodge aujourd'hui
Sincèrement, je n’ai pu
percevoir la facette du Cambodge tel que je l’ai rédigé
plus haut. C’est pourquoi, je ne crois pas que ce soit
perceptible pour quelqu’un qui y passe un bref séjour et
qui ne travaille pas dans le milieu, comme un psychiatre
pourrait le faire, par exemple. J’ai fait ces déductions
des films, livres et visites que j’ai vues. Mais que cela
ne vous dissuade pas de venir visiter le Cambodge. Le
Cambodge est un très beau pays où les gens ont beaucoup de
charisme.
Il y a de très belles facettes
du Cambodge, dont l’exemple qui suit. Près de la
moitié de la population du Cambodge a moins de 18 ans,
donc, dans les rues, il y a plusieurs enfants de très bas
âges. Je crois, ce qui est très touchant, est
définitivement de voir une femme, avec son jeune bambin de
moins de 2 ans, lui apprendre à saluer les étrangers.
C’est adorable! Ensuite, quand les enfants sont plus
vieux, c’est par des « Hello! Hello! » qu’on se fait
interpeller. Je crois que j’apprécie encore plus
cette attitude due au fait d’un précédent voyage, en
Haïti. Les jeunes là-bas avaient été montrés à
détester les Blancs. Alors qu’ici, c’est tout à fait
le contraire. Sourires contagieux, joie de vivre et
bonté sont l’accueil que reçoivent les Étrangers.
Chambres Extraordinaires au
sein des Tribunaux Cambodgiens[3]
Le 7 novembre dernier, j’ai eu
la chance d’assister au Quatrième Colloque des Procureurs
Internationaux qui avaient lieu aux Chambres
Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens
(l’acronyme en anglais est ECCC). Des procureurs de la
Cour Pénal International et des Tribunaux Pénaux
Internationaux étaient présents dont certains qui ont
siégé sur les cours de l’Ex-Yougoslavie, du Rwanda et du
Sierra Leone.
Il est intéressant de noter
qu’il y a deux Co-Procureurs pour le ECCC : une avocate
cambodgienne (nationale) et un avocat international. Et
d’où vient-il cet avocat? He bien, il vient du Québec!
Il s’appelle Robert Petit.
La séance d’information était
fort intéressante et j’ai été bien heureuse de pouvoir y
assister. À défaut d’être capable d’ouvrir le site
internet aujourd’hui (il doit être en train d’être updater
car hier il marchait très bien!), j’aimerais bien vous
glisser un mot un jour sur le fonctionnement de ce
tribunal. À suivre…
<< Vidéo : Le Vietnam aujourd'hui
Caroline LePrince
[1]
Ce qui est le plus choquant est définitivement de voir
les photos de jeunes enfants de moins de 5 ans dans
une des salles. Inévitablement, l’émotion nous
envahit car il est incompréhensible de concevoir que
ces enfants furent exterminés et considérés comme des
ennemis de la révolution.
[2]
Cet exemple est tiré du film S-21 : The Killing
Machine réalisé par Rithy Pan que je vous
recommande fortement si cette période vous intéresse.
[3]
Pour plus d’information, consulter l’adresse internet :
http ://www.eccc.gov.kh
Texte de
Caroline Leprince / Arrangement siteweb de Mum Sam An
- Novembre 2007.
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