Date:
1999-05-06 / Author: Raoul Jennar / Posting History
par Raoul Marc JENNAR, analyste politique
[
Première partie: 1/3 ]Le leader de
l'opposition politique cambodgienne, M. Sam Rainsy, conteste
les observations des chercheurs lorsque ceux-ci rappellent son
association avec les Khmers rouges avant octobre 1991 et sa
politique de conciliation à leur égard jusque fin 1998 (voir
sa lettre du 15 avril 1999, diffusée sur Camnews, à M. I.
Ramonet, Directeur de " Le Monde diplomatique", suite à mon
article publié dans le numéro de mars de ce mensuel). Comme ce
politicien use à profusion de l'insulte, du mensonge et de la
calomnie contre ceux qui tentent simplement d'établir les
faits, il importe de rappeler ceux-ci, sans parti pris, ni
passion.
Revue de nouvelles
télévisées de l'époque.
Depuis ses
premiers engagements politiques, dans les années quatre-vingt,
alors au sein du FUNCINPEC, jusqu'à la fin de 1998, M. Sam
Rainsy n'a cessé de soutenir la collaboration avec les Khmers
rouges puis, après les élections de 1993, la clémence à leur
égard. A partir du moment où, en décembre 1998, son ennemi
juré, le Premier Ministre Hun Sen, a invoqué la réconciliation
nationale, M. Sam Rainsy a changé radicalement d'attitude. Il
se campe depuis lors en premier demandeur de justice et nie
avoir eu une attitude différente dans le passé.
Selon un
document intitulé « auto-biographie de Sam Rainsy », diffusé
en juin 1998 par son propre parti, il est indiqué que M. Sam
Rainsy a adhéré au FUNCINPEC dès sa création en 1981 et qu'il
fut, de 1988 à 1991, le fondateur et le directeur de l'école
ECADEC installée dans le camp sihanoukiste de Site B, en
Thaïlande » Ensuite, M. Sam Rainsy a exercé des
responsabilités politiques au sein du FUNCINPEC-France. Il
était notamment le directeur d'un bulletin publié par le
FUNCINPEC-France dont le nom était « Vimean Ekreach » (adresse
9, rue Tiphaine, 75015 Paris). Il était surtout le «
Représentant en Europe du Prince Norodom Ranariddh » (même
adresse). Le 5 mai 1992, il devenait le responsable du
département de la coopération internationale du FUNCINPEC. A
ces divers titres, M. Sam Rainsy soutenait la politique
d'alliance du FUNCINPEC avec les Khmers rouges. De nombreux
documents confirment ce qui précède.
Revue de nouvelles
télévisées de l'époque.
Pendant
la première session de la conférence de Paris sur le Cambodge,
en août 1989, le FUNCINPEC demande l'inclusion des Khmers
rouges dans un éventuel gouvernement provisoire. Il demande
aussi que toute référence au génocide disparaisse de tous les
documents officiels de la conférence
(AFP 21 août 1989, Washington Post 22 août 1989, Libération 25
août 1989, Le Figaro/Le Soir, 28 août 1989, La Libre Belgique
29 août 1989, Le Monde 30 août 1989, Washington Post 2
septembre 1989).
Dès cette
époque, M. Sam Rainsy utilise des méthodes qui sont en
contradiction avec ses proclamations de foi démocratique et,
en particulier, la désinformation. Ainsi, par exemple,
lors d'une visite qu'il effectue à Phnom Penh, il rédige une «
Lettre aux Khmers à l'étranger », datée du 21 décembre 1991,
dans laquelle, dénonçant - à juste titre - la vente sauvage de
biens de l'Etat, il signale que le stade olympique et l'hôtel
de ville de Phnom Penh ont été vendus. Chacun put constater
sur place qu'il n'en était rien.
Revue de nouvelles
télévisées de l'époque.
Lors de la
seconde session de la Conférence de Paris, en octobre 1991, M.
Sam Rainsy est un des porte-parole les plus éloquents du
FUNCINPEC. Il est alors considéré comme une des onze figures
les plus importantes de ce parti. Il est loin d'être un
marginal qui aurait été en désaccord avec la ligne de son
parti.
Chaque fois que
j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec lui, M. Sam Rainsy
s'est toujours exprimé avec beaucoup de respect pour Khieu
Samphan. Au point que lors d'un entretien, le 29 mars 1993,
dans les locaux du quartier général de l'APRONUC (Autorité
Provisoire des Nations Unies au Cambodge) où nous parlions de
la future constitution cambodgienne et alors que je lui
montrais un document consacré à cette question et signé des
trois chefs de l'ancienne coalition (Norodom Sihanouk, Khieu
Samphan et Son Sann), il m'a surpris par son évocation émue de
« la période héroïque de la résistance où nous étions unis ».
Comme membre du
Conseil National Suprême (CNS), de janvier à juin 1993, au
cours des onze réunions auxquelles il assiste, il se distingue
par un soutien systématique aux positions exprimées par les
Khmers rouges (aussi longtemps que ceux-ci siègent dans cette
instance), ainsi qu'en font foi les procès-verbaux des
réunions du CNS. Un diplomate occidental, qui fut un des
artisans des Accords de Paris (et qui occupe aujourd'hui de
très hautes fonctions dans son pays), me confiera alors, à
propos de M. Sam Rainsy, que c'est « un pousse au crime ».
Le 21
mars 1993, à Paris, M. Sam Rainsy annonce que dans le cas
d'une victoire du FUNCINPEC et du PLDB, le gouvernement qui en
résulterait « bénéficierait de la neutralité bienveillante de
la PKD [les Khmers rouges] » (Revue mensuelle Chatomuk, numéro
31, avril 1993).
[ Vous pouvez également
lire la chronologie d'Histoire récente du Cambodge, 1960-1981,
écrite par Raoul Marc Jennar, traduite en cambodgien par TEP
Navuth
ici ! ]