Chronologie du Cambodge de 1960 à 1990

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Extraits du livre L'année zéro de François Ponchaud
DES CAUSES DE LA RÉVOLUTION KHMER ROUGE
La corruption :

Si l'on se tournait du côté de l'administration, c'était la même constatation : l'exercice féodal du pouvoir n'avait guère évolué avec l'indépendance. Les gouverneurs de provinces étaient les nouveaux vassaux qui écrémaient les richesses du petit peuple pour offrir leur tribut à la famille royale, et surtout, disait-on, à la reine mère. Policiers, douaniers, agents de renseignements ayant des salaires dérisoires se rattrapaient sur l'habitant, afin d'entretenir le ban et l'arrière-ban de leur famille et donner prébende à leur supérieurs hiérarchiques. On peut imaginer au prix de quelles exactions. Dans l'administration supérieure de Phnom Penh, la corruption, même du temps de Sihanouk, atteignait à une ampleur à peine convenable. Un député de province, fort corrompu, me disait un jour que les fonctionnaires en poste à Phnom Penh amassaient en un jour plus que lui en un an.

On comprend ainsi qu'une propagande intelligente ait su exploiter ces injustices en "conscientisant" les paysans et attisant leur haine pour les villes où se concentraient commerçants chinois et personnel de l'administration. Je n'ai pas été surpris d'entendre, au matin du 18 avril 1975, un cadre khmer rouge m'expliquer : "Les ennemis du peuple cambodgien, ce sont les commerçants chinois vivant dans notre pays". Traditionnellement, les ennemis des Khmers étaient les vietnamiens envahisseurs. Ce Khmer Rouge présentait une analyse de l'exploitation marxiste de son peuple qui reléguait à l'arrière-plan les haines historiques. C'est sans doute pour cette raison que les commerçants chinois ont été, au dire des réfugiés, beaucoup plus maltraités que l'ensemble de la population déportée.

Certes, les Khmers étaient nombreux à déplorer ces abus du pouvoir féodal; ils aspiraient à un changement de société. Ils ne possédaient cependant pas les outils nécessaires pour analyser leur situation, ni les moyens efficaces pour la changer. Non seulement les gens en place étaient responsables des injustices, mais le peuple lui-même favorisait à son insu les mécanismes d'exploitation, habitué qu'il était à vivre dans ce système.

Même les intellectuels de formation marxiste - il n'en manquait pas - exerçaient leur service public avec des dents aussi longues que les mandarins d'antan. Il suffit de citer tel député-ministre notoirement connu comme progressiste et même communiste : il avait commencé une carrière sans un sou vaillant, mais pouvait, en 1967, se retirer dans son exil en France, avec une copieuse fortune.

Le 18 mars 1970, la jeunesse, le corps enseignant, l'armée et beaucoup de gens probes saluaient le coup d'état renversant Sihanouk comme l'avènement d'une ère de justice, succédant à la pourriture du régime féodal. La République suivit cependant les traces du royaume, et le rêve généreux s'évanouit pour laisser place à une corruption d'autant plus généralisée que le nombre de ceux qui avaient accès aux postes de commandement était plus important que jamais.

L'histoire de la République khmère est, pour les vrais démocrates khmers, celle d'une immense déception. Un changement radical de mentalité et de rapports humains était indispensable. Pour le réaliser, ne restait-il donc que le remède sanglant de la révolution ?

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[ Vous pouvez également lire la chronologie d'Histoire récente du Cambodge, 1960-1981, écrite par Raoul Marc Jennar, traduite en cambodgien par TEP Navuth ici ! ]