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Extrait:
Trente ans après la guerre, article publié le samedi 21
avril 2003. (Science presse.qc.ca)
A
très grande échelle: une analyse de documents militaires
récemment rendu publics révèle que plus de 77 millions de
litres (plutôt que 70 millions) ont été largués pendant la
guerre, et que l'Agent Orange contenait un niveau de dioxine
encore plus élevé que ce qui avait été estimé. Or, les effets
hautement cancérigènes de la dioxine sont depuis longtemps
documentés.
(
http://www.sciencepresse.qc.ca/archives/2003/man210403.html
)
Qui plus est, les documents de vol des pilotes de l'époque
permettent de cartographier avec précision les zones
d'arrosage. Et de comprendre à quel point ces zones avaient
été choisies avec soin –là où on voulait vraiment faire mal à
l'ennemi– au point d'avoir arrosé à plusieurs reprises au même
endroit. En tout, de 1961 à 1971, 10 000 "missions"
d'arrosage. Qui, avec l'aide des vents dominants, auraient
touché plus de 2 millions de personnes.
Tout ceci mis dans la balance permet de confirmer les pires
craintes des scientifiques et des médecins qui, au cours de la
dernière décennie, ont émis hypothèses après hypothèses sur le
fait que les retombées de l'Agent Orange sur la population
vietnamienne–en cancers, certains apparus 5, 10, voire 20 ans
plus tard– avaient été grandement sous-estimés. Il y a trois
ans, on apprenait par exemple que certains vietnamiens
avaient en eux des taux de dioxine 200
fois supérieurs à la limite acceptable.
http://www.monde-diplomatique.fr/2002/03/CORYELL/16227
LE GRAND MENSONGE DES « GUERRES PROPRES
»
Au Vietnam, l'agent orange tue encore
Trente ans après, « les
conséquences de la guerre chimique menée par les Etats-Unis
sont toujours et partout visibles », explique Mme Nguyen Xuân
Phuong, une Vietnamienne d'une cinquantaine d'années,
responsable en France d'un projet d'aide aux enfants victimes
des produits toxiques largués sur les forêts et les champs du
Vietnam. on voit encore dans les rues des villes et dans les
campagnes des gens mutilés - sans jambes, sans bras, aveugles,
des corps tordus. Ces problèmes sont en grande partie liés aux
défoliants utilisés dans les opérations militaires souvent
qualifiées de « plus grande guerre écologique de l'histoire de
l'humanité » .
Le but stratégique de ces
opérations de « défoliage » était de priver les guérillas
vietnamiennes de leurs sources de nourriture et de protéger
les envahisseurs américains contre leurs attaques. C'est la
raison pour laquelle les énormes épandages de ces poisons ont
été concentrés dans les zones autour des bases américaines et
des aérodromes ainsi qu'à proximité des routes terrestres et
fluviales. Une des cibles principales a été la fameuse piste
Hô Chi Minh par laquelle munitions et armes ont été
régulièrement acheminées du nord vers le sud du Vietnam.
 Victime
de la dioxine. Photo prise sur l'internet.
En octobre 1980, une
commission officielle (1) a été créée à Hô Chi Minh-Ville (ex-Saïgon)
pour en étudier les conséquences. Elle a pu identifier toute
une série de maladies et de symptômes provoqués par ces
herbicides qui détruisent des plantes mais aussi la vie et la
santé des habitants, en provoquant cancer des poumons et de la
prostate, maladies de la peau, du cerveau et des systèmes
nerveux, respiratoire et circulatoire, cécité, diverses
anomalies à la naissance... Selon la Croix-Rouge vietnamienne,
beaucoup de ces maux sont dus à l'action chimique du
défoliant, appelé l'« agent orange » parce que l'armée
américaine l'avait stocké dans des tonneaux marqués d'orange
(2). Ses effets destructeurs viennent en grande partie de son
composant principal, la dioxine, l'un des produits toxiques
les plus puissants, qui perturbe les fonctions hormonales,
immunitaires et reproductives de l'organisme.
Ces opérations de guerre
chimique, qui débutèrent en 1961 avec le feu vert du président
John Kennedy, furent progressivement intensifiées jusqu'à
atteindre leur zénith en 1965, avant de diminuer et finalement
cesser en 1971, à la suite de nombreuses protestations dans le
monde et aux Etats-Unis même, de la part de scientifiques,
d'un certain nombre de parlementaires et surtout d'anciens
combattants américains.
Conséquences
sur les enfants nés de parents contaminés à la dioxine, trente
ans plus tard. Photo prise sur l'internet.
Les dégâts sont
considérables. Le Service secret interallié pour le Vietnam (Combined
Intelligence Center for Vietnam - CICV) (3) estime qu'après
cinq ans d'épandages constants, les récoltes détruites par
l'agent orange, largué par avions et hélicoptères, auraient pu
nourrir 245 000 personnes pendant une année entière. Selon
l'Unesco (Le Courrier de l'Unesco, mai 2000), un
cinquième des forêts sud-vietnamiennes a ainsi été détruit
chimiquement (4).
Les
séquelles de la dioxine demeurent: la malformation. Photo
prise sur l'internet.
Les herbicides utilisés dans
ces offensives ont été fournis à l'armée américaine pour
l'essentiel par quelques grosses entreprises : en tête, Dow
Chemical - une des plus puissantes entreprises américaines de
ce type -, suivie entre autres de Thompson, Diamond, Monsanto,
Hercules, Uniroyal. C'est contre ces firmes - et non contre le
gouvernement américain - que plus tard, en 1984, des
organisations d'anciens combattants américains ont décidé
d'entamer des poursuites judiciaires afin de réclamer et
obtenir des réparations financières pour les maladies
contractées à la suite de leur exposition à cet agent orange.
En effet, la législation américaine interdit formellement des
procès contre le gouvernement pour des actes commis au cours
des opérations militaires.
Paradoxalement, les
possibilités d'action juridique de ces anciens combattants ont
été renforcées par l'intervention de l'amiral Elmo Zumwal,
celui-là même qui avait donné l'ordre aux forces navales des
Etats-Unis d'avoir recours à cet herbicide sur une grande
échelle. Après avoir observé l'efficacité militaire du
produit, l'amiral a dû en constater les effets sur ses troupes
et même sur sa propre famille. En effet, l'enfant de son fils
est né avec de graves déficiences physiques et mentales; le
capitaine lui-même est mort très jeune d'un cancer dû à ce
poison.
Les Etats-Unis - après
beaucoup d'hésitations et d'atermoiements - ont fini par
reconnaître l'existence d'un lien entre l'agent orange et les
symptômes dont souffrent les anciens combattants américains:
cécité, diabète, cancer de la prostate et des poumons,
malformation des bras et des jambes, entre autres.
En mai 1984, juste avant le
jour du procès, les firmes en accusation ont décidé d'obtenir
un règlement à l'amiable, en payant 180 millions de dollars à
un compte en banque qui deviendrait le fonds de compensation
des anciens combattants souffrant de la dioxine. Ainsi,
sur quelque 68 000 plaignants, près de 40 000 ont reçu des
paiements, allant de 256 à 12 800 dollars selon la gravité des
cas. En revanche, aucune des centaines de milliers de victimes
vietnamiennes n'a reçu un centime d'indemnisation.
Un
enfant né de parents contaminés à la dioxine. Photo prise sur
l'internet.
C'est dire l'intérêt du
projet « Vietnam, les enfants de la dioxine », que Mme Nguyen
Xuân Phuong a mis sur pied à Paris en liaison avec les
autorités vietnamiennes (5). Parmi les activités ainsi lancées
figure, par exemple, un système de parrainage par lequel on
peut, à titre individuel, consacrer une certaine somme - selon
ses moyens et ses motivations - au maintien physique et moral
d'une famille vietnamienne. Cette association recueille aussi
des fonds pour la création de centres médicaux destinés au
traitement des maladies provoquées par l'agent orange, ainsi
qu'à la recherche afin de mieux comprendre la nature de ces
maladies et de mettre au point des moyens de guérison.
SCHOFIELD CORYELL.
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